
De vives tensions ont éclaté ce lundi dans la localité d’Abinva, au sud du territoire de Faradje, dans la province du Haut-Uélé. Plus de sept véhicules appartenant à la société Kibali Gold Mines ont été incendiés, et huit autres endommagés par des manifestants en colère.
Selon les informations recueillies par LaClocheRDC.net, ces violences font suite à la descente d’une délégation de la société minière dans cette zone aurifère. Cette mission visait à démanteler les activités des exploitants artisanaux opérant sur plusieurs sites que Kibali considère comme relevant de son périmètre exclusif d’exploitation.
Les localités concernées incluent notamment Abinva, Marabi, Gaga, Tanzi, Makoro, Dix Pays et Bovi.
« Nous ne sommes pas contre la société Kibali, mais nous demandons à être considérés comme des partenaires, et non comme des intrus sur nos propres terres », a déclaré Papa Léon Lingama, président de la société civile force vive d’Abinva, joint par téléphone.
Il déplore l’absence d’alternatives proposées aux jeunes exploitants artisanaux expulsés.
« Ces jeunes n’ont aucun autre moyen de vivre. Lorsqu’on les chasse brutalement, sans solution, on provoque forcément la colère », a-t-il ajouté.
En réaction à cette opération, plusieurs orpailleurs sont descendus dans la rue. Ils ont érigé des barricades et abattu de gros arbres pour bloquer la route nationale, paralysant ainsi la circulation pendant plusieurs heures.
« C’est notre seul gagne-pain. On ne vole pas, on ne tue pas. On travaille la terre pour survivre. Que Kibali comprenne cela », a lancé un jeune manifestant rencontré sur place.
D’après la société civile, les tensions ont été maîtrisées dans la soirée de lundi. Ce mardi matin, le calme était revenu et les activités avaient repris normalement dans la zone.
Cependant, trois jeunes manifestants ont été arrêtés par la police. Ils ont été transférés au bureau de la PNC de Doko, à Durba, pour audition.
Face à cette situation tendue, la société civile d’Abinva appelle à la retenue, mais surtout à l’ouverture d’un dialogue sincère et inclusif entre Kibali Gold Mines, les autorités locales et les communautés concernées.
« Nous demandons à la société Kibali d’ouvrir un cadre de concertation avec les communautés locales, au lieu de recourir systématiquement à la force. Une cohabitation pacifique est encore possible, si chacun y met du sien », a conclu Papa Léon Lingama.
Les tentatives de LaClocheRDC.net pour joindre les responsables de Kibali Gold Mines afin d’obtenir leur version des faits sont restées sans réponse jusqu’à l’heure de la publication.
Par ailleurs, une source locale accuse l’administrateur du territoire de Faradje d’agir en faveur de Kibali. Une allégation que la commission locale de sécurité dément, précisant que l’administrateur se trouve actuellement dans le sud du territoire dans le cadre d’une mission officielle de l’État, sans lien avec les opérations menées par la société minière.
Innocent VUDRILaClocheRDC.net
