
« Le Ministre d’État à l’Agriculture et sécurité alimentaire Son Excellence MUHINDO NZANGI n’a ni autorisé ni délivré de licence de culture du cannabis au Nordkivu »
Depuis quelques jours, une polémique enfle sur les réseaux sociaux autour d’un simple exemple de Son Excellence Muhindo Nzangi, Ministre d’État en charge de l’Agriculture et Sécurité alimentaire, dans un discours à Beni, lors de sa dernière mission dans le Nord-Kivu.
Certains commentaires, notamment ceux relayés par le député Kasivita Carly et d’autres acteurs, tentent de faire croire que le Ministre d’État aurait autorisé la culture du cannabis au Nord-Kivu.
Les documents administratifs racontent pourtant une autre histoire.
Le 18 août 2025, soit bien avant la récente mission du Ministre d’État dans le Nord-Kivu, le Ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, écrivait au Directeur Général concerné au sujet de l’inscription du Cannabis sativa dans la mercuriale des produits à exporter.
Dans cette correspondance, il rappelait que le Ministère de la Santé avait déjà accordé à CODEP SARL une autorisation d’exploiter des stupéfiants et substances psychotropes à des fins médicales, notamment le cannabis sativa, et demandait la convocation des experts pour examiner son éventuelle insertion dans la mercuriale des prix à l’exportation.

La question est donc simple : où voyez-vous le Ministre d’État MUHINDO NZANGI dans cette procédure d’autorisation ?
Il n’a signé aucun arrêté autorisant la culture du cannabis. Le cadre réglementaire congolais relatif au cannabis médical et scientifique est issu des textes du Ministère de la Santé, notamment l’arrêté du 27 février 2021, modifié et complété en 2022. Ces textes encadrent la culture, la production et l’exploitation du cannabis à des fins médicales et scientifiques et prévoient un régime d’autorisation. Ndr
Mieux encore, la Commission multisectorielle permanente chargée de la coordination de la filière cannabis a été créée au sein du Ministère de la Santé, avec notamment pour mission d’analyser les demandes d’autorisation de culture, d’exploitation, de transport, d’importation et d’exportation. (Léganet)
Alors, que disait le Ministre d’État à l’Agriculture à Beni ?
Dans son intervention, MUHINDO NZANGI Butondo parlait de diversification agricole et du potentiel industriel de certaines productions, notamment à travers leurs fibres.
Il a lui-même précisé :
« Je ne parle pas de noix, je parle des fibres. »
Transformer cette réflexion sur le potentiel industriel d’une plante en « autorisation de cultiver le cannabis » relève donc d’un amalgame.
Le Ministre d’État n’a pas annoncé une légalisation. Il n’a délivré aucune autorisation. Il n’a signé aucun arrêté dans ce sens.
Le vrai débat
Le cannabis médical et scientifique fait déjà l’objet d’un encadrement légal en RDC. Le débat peut donc porter sur ses perspectives économiques, scientifiques, pharmaceutiques ou industrielles, mais il doit être mené sur la base des textes et des responsabilités institutionnelles réelles.
Pendant ce temps, le Ministère de l’Agriculture et Sécurité alimentaire poursuit ses priorités : la promotion des cultures pérennes : café, cacao, palmier à huile, macadamia, et les vivriers :manioc, haricot, maïs, riz, pomme de terre, cultures maraîchères, pour la sécurité alimentaire des congolais mais aussi la mécanisation, semences et intrants
On peut faire de la politique avec les mots. Mais lorsqu’on sort les documents, les amalgames ont beaucoup moins de place.
La Cloche RDC
